Lundi soir, le Monument-National était rempli pour la grande première montréalaise de Pauline Julien : Femme pays, le nouveau film d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Une soirée particulièrement émouvante pour ce film consacré à l’une des grandes figures artistiques et politiques du Québec.
De nombreuses personnalités avaient répondu présentes, parmi lesquelles l’ancienne première ministre Pauline Marois, l’ex-mairesse de Montréal Valérie Plante, ainsi que plusieurs visages bien connus du milieu culturel québécois. Pascale et Nicolas Galipeau, les deux enfants de Pauline Julien, dont l’histoire personnelle occupe une place importante dans le film, étaient également dans la salle.
Anaïs Barbeau-Lavalette, née à Montréal en 1979, signe ici son 7e long métrage comme réalisatrice, après notamment Le Ring, Inch’Allah, La Déesse des mouches à feu et Chien blanc. Son cinéma s’intéresse souvent aux êtres en marge, à l’engagement et aux histoires humaines. Avec Pauline Julien : Femme pays, elle s’attaque à une figure qui semble presque faite pour son univers.
Et quel choix que Suzanne Clément pour incarner Pauline Julien! Elle est formidable. Elle ne cherche pas simplement à reproduire la chanteuse : elle en retrouve la fougue, la liberté, la colère, l’humour et cette présence qui devait être impressionnante sur scène. On croit à cette femme qui refuse de rentrer dans les cases et qui veut vivre pleinement, quitte à bousculer son entourage.
Pauline Julien était avant tout une artiste. Chanteuse, comédienne, auteure, elle avait commencé par le théâtre avant de partir à Paris au début des années 1950. Elle y découvre notamment la chanson et interprète des auteurs comme Boris Vian, Bertolt Brecht et Léo Ferré. Elle reviendra ensuite au Québec avec une carrière qui prendra une ampleur considérable, tout en continuant à se produire en Europe. Elle enregistrera 23 disques et se produira dans une quinzaine de pays.
Mais elle était aussi une femme profondément engagée. Féministe, indépendantiste et militante, elle n’a jamais séparé complètement l’artiste de ses convictions. Elle a vécu une époque où la culture québécoise participait pleinement à la construction d’une identité collective. Sa voix, ses chansons et ses prises de position ont contribué à faire d’elle une véritable icône de la chanson québécoise.
Le film montre aussi une femme libre dans sa vie personnelle. Une femme qui voyage, travaille, monte sur scène, aime passionnément… et qui est souvent absente de la maison. Sa relation avec ses deux enfants est présentée sans chercher à la rendre parfaite. À un moment, Gérald Godin dit au fils de Pauline Julien que sa mère a fait ce qu’elle a pu. Le jeune homme le reprend : non, elle a fait ce qu’elle a voulu!
La relation avec Gérald Godin est elle aussi au cœur du film. Patrice Dubois est excellent dans le rôle du poète, journaliste, député et ministre qui a partagé la vie de Pauline Julien pendant plus de trente ans. Leur histoire d’amour est passionnée, mais leur relation est aussi celle de deux personnalités fortes, engagées et profondément attachées au Québec.
Gérald Godin a notamment été député de Mercier sous la bannière du Parti québécois et ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration. Une scène particulièrement marquante du film le montre, alors qu’il est malade, dans un dernier discours à l’Assemblée nationale rappelant l’importance de l’immigration et de la place des immigrants au Québec.
Et puis il y a cette fin, particulièrement bouleversante. Pauline Julien, dont toute la vie avait été construite autour de la parole, des chansons, des textes et de la scène, est atteinte d’aphasie dégénérative. Peu à peu, les mots lui échappent. Pour une artiste dont la voix était l’instrument principal, la maladie prend une dimension tragique presque insoutenable. Elle met fin à ses jours le 1er octobre 1998, à l’âge de 70 ans.
Une vie libre, passionnée et profondément québécoise, portée à l’écran avec beaucoup d’émotion.
Au cinéma dès le 25 septembre 2026


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