Dans le cadre du Festival Juste pour rire, Merwane Benlazar présentait son nouveau spectacle au Théâtre National, offrant au public montréalais une soirée à son image : imprévisible, énergique et terriblement drôle. Je dois avouer que j'abordais ce rendez-vous avec certaines attentes. Connaissant un peu le personnage médiatique et les débats qui ont entouré une certaine intervention, je m'attendais à un spectacle fortement teinté de politique et d'enjeux sociaux. La surprise n'en a été que plus agréable.
Dès son entrée en scène, l'humoriste donne l'impression de ne suivre aucun plan. Il parle, rebondit, s'interrompt, repart dans une autre direction, interpelle quelqu'un dans la salle. Pendant de longues minutes, on a le sentiment d'assister à une immense improvisation collective. Pourtant, au fil du spectacle, on réalise que cette apparente désorganisation est en réalité une mécanique extrêmement bien huilée. L'humoriste sait exactement où il s'en va. Les détours sont nombreux, mais le chemin est tracé.
C'est d'ailleurs l'une des grandes forces de son humour. Il crée une proximité immédiate avec le public. Les interactions fusent constamment. Une remarque lancée par un spectateur devient le point de départ d'un segment hilarant. Un rire particulier dans la salle est récupéré et transformé en gag récurrent. On sent une réelle capacité d'écoute et un plaisir évident à jouer.
Le contenu lui-même s'est révélé beaucoup moins politisé que ce que j'avais imaginé. Bien sûr, Merwane Benlazar ne renie jamais complètement son regard sur la société, mais le spectacle s'intéresse davantage aux absurdités du quotidien, aux relations humaines, aux différences culturelles vécues de façon concrète, aux maladresses sociales et aux contradictions qui nous habitent tous. Il aborde aussi les rapports familiaux, les attentes qu'on projette sur les autres et sur soi-même, ainsi que plusieurs situations banales qu'il parvient à transformer en récits totalement improbables.
Son talent réside notamment dans sa capacité à partir d'une observation simple pour la pousser jusqu'à l'absurde, comme par exemple l'arrivée d'un bébé dans un couple. Il raconte avec un naturel déconcertant des situations où chacun se reconnaît, puis entraîne l'auditoire dans des raisonnements tellement tortueux qu'ils deviennent irrésistiblement drôles. Son humour n'est jamais méchant. Il est incisif par moments, mais toujours porté par une grande sympathie envers les personnages qu'il met en scène, y compris lui-même.
L'autre belle surprise de la soirée venait de la salle. Le public était remarquablement hétéroclite. Jeunes adultes, spectateurs plus âgés, habitués du stand-up et curieux venus le découvrir : tout ce monde semblait rire au même rythme. Et des rires, il y en a eu. Beaucoup. Très peu de temps morts, très peu de moments où l'attention retombait. Les éclats de rire fusaient presque en continu, créant cette atmosphère particulière qui distingue les excellentes soirées d'humour des simples bonnes performances.
Au final, Merwane Benlazar livre un spectacle qui ressemble à une conversation débridée entre amis particulièrement drôles, mais dont chaque détour est soigneusement calculé. Une soirée où l'on rit beaucoup, souvent, et avec tout le monde. C'est peut-être le plus beau compliment que l'on puisse faire à un humoriste.


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