Accoucher à Sainte-Justine

Deux semaines après la naissance de Liam, il est temps pour moi de vous raconter mon expérience à l'hôpital Sainte-Justine de Montréal. Bien sûr chaque expérience est unique et chacun ressent les choses différemment mais voici ce qu'il en est pour moi.

L'admission à Sainte-Justine

Avant 12 semaines de grossesse, inutile d'espérer obtenir un rendez-vous en raison du nombre trop élevé de fausse-couches. Puis il faut insister car on nous dit d'emblée qu'on ne prend plus de nouvelles patientes. J'ai eu la chance de me faire accepter au service des grossesses à risques en racontant un peu ma vie puis la gynécologue m'a réorientée 6 mois plus tard au service des grossesses "classiques" tout en continuant à me suivre.

Le suivi gynécologique

Comme la secrétaire a bien entendu au téléphone que j'étais française, elle a été très fière de me confier à une gynécologue... française!

Le suivi se fait au départ toutes les 4 semaines puis toutes les 2 semaines à partir de la 30ème semaine de grossesse et chaque semaine de la 37ème à la 40ème semaine de grossesse.

Ce qui est vraiment surprenant ici c'est la grande pudeur. J'ai eu un examen gynécologique à mon premier rendez-vous puis rien avant la 38ème semaine et toujours avec des draps pour se couvrir!

L'hôpital se trouve à 5 minutes à pieds de mon travail ce qui était vraiment une chance pour pouvoir caler plus facilement le matin de bonne heure rendez-vous, prises de sang et échographies.

Les échographies

Une seule échographie est prévue entre 20 et 22 semaines. Mais les échographes sont vraiment très pointilleux et ne veulent laisser planer aucun doute. C'est comme ça que j'ai eu droit à 4 échographies pour 2 inquiétudes qui se sont révélées infondées. Certes ça peut fait peur mais ça donne vraiment le sentiment d'être bien suivie.

A chaque échographie, j'ai eu gratuitement 5 à 6 clichés. Je précise "gratuitement" car dans certains hôpitaux, comme l'Hôpital Général Juif juste à côté, on fait payer jusqu'à 5$ le cliché!

L'attitude des médecins et du personnel médical

C'est vraiment là que se trouve toute la différence avec la France. La formation est vraiment différente et on voit que l'accent est autant mis sur la communcation avec les patients que sur le côté technique.

Les médecins sont beaucoup plus humbles et communiquent énormément : ils prennent le temps, font part de leurs doutes et sont capables de vulgariser les informations contrairement à de nombreux médecins rencontrés en France qui se croient les meilleurs.

L'accouchement

Moi qui m'attendais à me retrouver dans un bloc opératoire, j'ai été bien surprise d'accoucher dans une jolie chambre spacieuse avec une grande reproduction de Klimt au mur!

Nous avons été accompagnés tout au long de l'accouchement, c'est-à-dire pendant 7 heures, par une très sympathique infirmière qui n'a cessé de m'encourager sans être invasive. Il y avait peu d'accouchements ce soir-là et elle m'était donc entièrement dédiée alors que d'habitude elle peut assister jusqu'à 3 mères.

Il y a eu quelques complications pendant l'accouchement mais les médecins m'ont à chaque fois expliqué ce qu'il se passait, les choix qui s'offraient à eux, ce qu'ils étaient en train de faire... Même si la situation pouvait être stressante, nous étions quand même détendus car nous voyions que nous étions bien pris en charge. Moi qui adore poser des questions, je n'ai même pas eu à le faire car les réponses m'étaient données sans rien réclamer, c'était un vrai plaisir.

La place du père

Là aussi, grande différence culturelle : on attend du père qu'il soit autant impliqué que la mère. On s'attend à ce qu'il vienne à chaque rendez-vous à l'hôpital, à ce qu'il aide à l'accouchement (en tenant une jambe, encourageant, massant...), à ce qu'il coupe le cordon et à ce qu'il dorme à l'hôpital avec la mère et l'enfant notamment.

Frank a été parfait et nous étions d'accord pour qu'il ne vienne pas à chaque rendez-vous médical et qu'il ne dorme pas avec nous les 2 nuits de mon séjour à l'hôpital. J'ai pourtant eu plusieurs réflexions des infirmières qui ne comprenaient pas ce choix. On m'a par exemple demandé s'il y avait un père ou quand j'ai dit que Frank était parti dormir à la maison pour se reposer après une nuit blanche, on m'a répondu que ce n'est pas lui qui devait être le plus fatigué...

Le refus d'allaiter

C'était ma grande inquiétude car la mode en ce moment est à l'allaitement et Sainte-Justine est un hôpital pro-allaitement avec service spécialisé, intervenantes...

Je pense que j'ai été suffisamment claire pendant le suivi de ma grossesse car je n'ai pas été contrariée. Ils ont accepté de me donner un cachet pour couper la montée de lait, chose qu'ils acceptent rarement aussi facilement à ce qu'on m'a dit et m'ont fourni du lait en bouteille. Par contre le personnel médical n'était vraiment pas formé à ce mode d'alimentation et n'avait quasiment aucune connaissance concernant les biberons à base de lait en poudre, les chauffe-biberons...

Le séjour à l'hôpital

Le séjour à l'hôpital est court mais intense : un peu plus de 48 heures pour se remettre sur pieds et engranger un maximum d'informations distillées par plusieurs intervenants : pédiatres, infirmières, gynécologue, préposée pour l'installation du siège auto.

Comme Sainte-Justine est un hôpital universitaire, on a souvent les intervenants en double - élèves et profs -, ce qui est une chance mais peut aussi devenir fatigant car on a tout le temps quelqu'un dans la chambre.

Avec mon assurance maladie, j'ai eu une chambre semi-privée. En fait c'est une chambre individuelle avec une douche partagée avec la chambre d'à côté. Quant aux repas, ils étaient équilibrés et délicieux!

Depuis quelques mois Sainte-Justine ne propose plus de visites guidées de la maternité aux femmes enceintes, mais une capsule vidéo sur le site internet. C'est bien dommage mais tant pis, ça laisse une part de mystère pour le grand jour...
D'ailleurs j'avais également refusé de faire les cours de préparation à l'accouchement proposés par le CLSC car je préfère de loin l'acquisition de l'expérience en situation! En effet, ça me fait bien rire les fameux plans de naissance car quand les contractions arrivent les grands discours sont souvent bien mis à mal. Moi aussi j'aurais bien aimé profiter des 2 bains tourbillons mis à disposition à Sainte-Justine pour faciliter le travail...

Sortie de l'hôpital et suivi

L'hôpital prévient le CLSC de notre lieu d'habitation de la naissance. 2 jours plus tard, une infirmière m'a appelée pour venir nous rendre visite. Elle est venue 1h45 à la maison pour répondre à toutes mes questions et peser Liam. Elle est repartie en me donnant rendez-vous avec un médecin de famille (un Français qui vient d'arriver!) et un autre rendez-vous pour les vaccins des 2 mois.

On dit qu'il est difficile de trouver un médecin de famille mais pour l'instant, j'en ai 2 pour Liam : un ici et un dans notre futur quartier. L'infirmière m'a dit qu'un médecin de famille ça se testait avant de l'adopter, c'est donc ce que je vais faire.

La physiothérapeute de Sainte-Justine m'a également appelée pour m'inscrire à un cours post-partum suite aux complications de l'accouchement et je reverrai ma gynécologue 6 semaines après l'accouchement.

Pour conclure, même si au départ il semble difficile de rentrer dans le système de santé, une fois dedans j'ai été vraiment très bien suivie et j'ai beaucoup apprécié le suivi de ma grossesse. Un grand merci aux équipes de Sainte-Justine!