L'Opéra de Montréal ouvre sa saison 2026-2027 avec Turandot, une imposante coproduction réunissant l'Opéra de Montréal, le Washington National Opera et le Dallas Opera. Plus de 150 artistes participent à cette production monumentale qui fait la part belle aux grands chœurs, aux danseurs et à une scénographie spectaculaire.
Dans un royaume où règnent la peur et les exécutions publiques, la princesse Turandot impose à ses prétendants une épreuve aussi célèbre que redoutable : résoudre trois énigmes ou mourir. Lorsque le prince Calaf tombe sous le charme de cette souveraine froide et inaccessible, il accepte le défi malgré les risques. Autour de lui gravitent notamment Liù, jeune femme profondément amoureuse de lui, et Timur, son père. Entre désir, sacrifice et rédemption, Turandot explore les limites de la cruauté humaine et la possibilité de la transformation par l’amour.
Ce qui distingue particulièrement cette mouture, c'est son esthétique rétrofuturiste imaginée par la metteure en scène Francesca Zambello. Exit la Chine de conte de fées traditionnelle : l'action se déroule dans un univers inspiré d'un Orient industriel des années 1950, où Turandot apparaît davantage comme une dirigeante autocratique que comme une princesse légendaire. Le résultat est visuellement saisissant et donne une résonance contemporaine aux thèmes du pouvoir, de la peur collective et du culte de la personnalité.
L'autre innovation majeure concerne la fin de l'œuvre inachevée de Giacomo Puccini. Pour cette production, le public découvre un nouvel épilogue signé par le compositeur Christopher Tin et la librettiste Susan Soon He Stanton, créé initialement au Kennedy Center en 2024. Cette conclusion se veut plus cohérente sur le plan psychologique et plus sensible que les complétions traditionnellement entendues.
Sur le plan artistique, difficile de ne pas être impressionné par la qualité de la distribution.
La soprano allemande incarnant Turandot, Maida Hundeling, livre une prestation remarquable, parvenant à rendre crédible autant la dureté du personnage que ses failles. Liù, interprétée par la soprano canadienne Kirsten MacKinnon, offre quant à elle les moments les plus touchants de la soirée, avec une interprétation empreinte de sensibilité et d'humanité, notamment avec l'air "Signore, ascolta".
Calaf, interprété par le tenor coréen Andrea Shin, complète admirablement ce trio central. Bien entendu, son grand moment demeure le célèbre Nessun dorma. L'air est finalement assez bref, mais son impact reste immense. Interprété avec conviction, il constitue l'un des sommets émotionnels de la représentation.
Impossible également de passer sous silence l'excellence du chœur et de l'orchestre. Les immenses tableaux collectifs constituent l'une des grandes forces de Turandot, et cette production leur rend pleinement justice. La direction musicale met en valeur toute la richesse de la partition de Puccini, alternant passages puissants et délicats.
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| Photos (Cory Weaver - Washington National Opera, The Kennedy Center) |
Cette production réussit à respecter la grandeur spectaculaire de Turandot tout en proposant une lecture actuelle et réfléchie de l'œuvre. Les choix de mise en scène, les décors, la nouvelle fin et surtout la qualité exceptionnelle des interprètes en font un événement marquant de la saison culturelle montréalaise.
J'ai particulièrement apprécié le talent des artistes principaux, la beauté des ensembles choraux, la puissance de l'orchestre et l'émotion dégagée notamment par Nessun dorma. Bref, j'ai beaucoup aimé cette soirée d'opéra. Pour ceux qui ne l'ont pas encore vue, la dernière représentation de Turandot aura lieu le 4 octobre 2026 à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.
La saison 2026-2027 de l'Opéra de Montréal se poursuivra ensuite avec Werther de Massenet en novembre, Le Chevalier à la rose (Der Rosenkavalier) en version concert en janvier, la création Atys en mars, puis Rigoletto de Verdi en mai. Une programmation qui conjugue grands classiques du répertoire et nouvelles créations, témoignant de l'ambition artistique de la maison montréalaise.
Opéra de Montréal
du 26 septembre au 4 octobre 2026
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